Foire aux questions

 Réponses aux 10 questions que tout le monde se pose au sujet de la proposition de tenir le prochain Forum social mondial au Québec en 2015. Commentaires bienvenus! 

1. La question des visas : Le gouvernement Harper va-t-il vraiment octroyer des visas aux activistes du Sud pour qu’ils participent au FSM au Nord ?

Réponse : La question du pouvoir discrétionnaire du gouvernement canadien d’octroyer ou non le droit aux étrangers d’entrer sur notre territoire est devenue hautement politique ces dernières années. Il n’y a pas un groupe, une association, ou un collectif organisateur d’un événement de portée internationale au Québec et au Canada qui ne se soit confronté à cette politique du refus et qui ne peut témoigner de la difficulté d’obtenir des visas pour des ressortissants étrangers, surtout en provenance du Sud Global. On connait aussi la propension du gouvernement actuel à utiliser les rouages de l’État à des fins partisanes et idéologiques (restriction dans l’accueil des réfugiés, coupure dans les subventions publiques…). Doit-on pour autant reculer face à la menace et nous empêcher d’organiser un événement militant de portée internationale simplement par crainte des représailles du gouvernement conservateur ? Cela voudrait dire que le pouvoir dissuasif du gouvernement aurait eu raison de notre volonté de construire une société plus juste, durable et solidaire. Cela serait abandonner la bataille avant même de l’avoir menée.

Au contraire, la venue du FSM 2015 au Québec nous apparaît comme une formidable opportunité pour dénoncer l’usage abusif du pouvoir discrétionnaire de l’État canadien. Avec la venue du FSM au Québec, nous aurons la force du nombre. Si le gouvernement conservateur refuse en masse (plusieurs centaines voir plusieurs milliers) des demandes de visas à nos participants étrangers en provenance du Sud, nous aurons là un puissant levier de plaidoyer politique et surtout matière à mener une belle campagne de sensibilisation du public sur les usages abusifs du pouvoir de l’État par le gouvernement conservateur, à une époque où les pays du Nord mettent en place des mesures sécuritaires aux frontières de plus en plus restrictives. Cette question de l’accessibilité, de la discrimination à l’égard des ressortissants du Sud et de l’image du Canada dans le monde pourrait aussi devenir un enjeu politique si le débat est porté à la fois à la Chambre des communes, à l’Assemblée nationale et sur la place publique, via une communication précise et ciblée sur ce thème. N’oublions pas que nous serons en période électorale à l’automne 2015. Cette question du «Canada forteresse» pourrait devenir un thème de campagne.

Ainsi, plutôt que de reculer, nous proposons d’utiliser la force de nos réseaux :

  • Que chaque organisation de la société civile québécoise et canadienne parraine des demandes de visas de la part de leurs partenaires au Sud, et que l’ensemble de ces demandes soient planifiées suffisamment  à l’avance (au moins 6 mois) et coordonnées avec l’appui du comité organisateur du FSM 2015.
  • Qu’un suivi de l’état d’avancement de ces demandes soit fait de manière coordonnée afin de pouvoir développer une stratégie de communication adaptée et ciblée sur ce dossier.
  • Que des dialogues soient établis avec des personnes impliquées dans des partis politiques fédéraux/provinciaux et des députés sensibles aux enjeux soulevés par le FSM, de manière à porter le débat suffisamment tôt à la Chambre des communes et à l’Assemblée nationale (hiver 2015). Ceci devra être fait avec une attention particulière aux points 8 et 9 de la Charte des Principes du FSM, qui stipulent que le Forum est un espace non partisan.

 

2. La question des coûts de participation : Comment les participants du Sud vont-il pouvoir assumer les coûts de participation au FSM (avion, hébergement) ?

Réponse : La question des coûts liés à la participation à un FSM, où qu’il se déroule, est une question récurrente qui se pose à chaque édition du FSM. Elle constitue, selon nous, la plus grande barrière à la participation, en plus d’avoir un coût écologique (transport aérien) non négligeable. Elle n’en constitue cependant pas moins un faux débat pour les organisateurs du FSM pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nous n’avons aucun pouvoir sur le prix des billets d’avion et chaque FSM, où qu’il se déroule, sera loin pour certains, et proche pour d’autres. Les seuls coûts de participation sur lesquels le comité organisateur peut jouer sont les frais d’inscription, ainsi que les coûts d’hébergement et de d’alimentation.  Ensuite, si l’on se fie aux bilans des différents FSM qui se sont déroulés à travers le monde depuis plus de 10 ans, ce sont généralement ceux qui ont les moyens qui se déplacent (directeurs d’ONG, cadres syndicaux, leaders associatifs, universitaires, étudiants partiellement subventionnés…) et très rarement des activistes issus de la base des mouvements. Finalement, et c’est l’argument le plus fort, en moyenne, plus de 80% des participants à un FSM sont issus du pays où se tient l’événement. Pour ce qui est des «internationaux», la moitié provient des pays limitrophes (qui ne se déplacent souvent pas en avion, où si c’est le cas, à un coût moindre). Quant à ceux qui «viennent de loin», ils ne comptent généralement que pour moins de 10% des participants. En somme, si le FSM est mondial du point de vue des enjeux qu’il aborde, des réseaux qu’il mobilise et des solutions qu’il propose, il demeure très local sur le plan de la participation. C’est un fait très important qu’il ne faut pas négliger dans la planification stratégique de la mobilisation et la démarche organisationnelle de l’événement.

Ainsi, compte tenu des enseignements tirés de la participation aux précédents FSM qui se sont tenus dans le monde, il nous semble important de :

  • Nous concentrer sur les efforts de mobilisations des populations locales (Québec) et limitrophes (Canada, États-Unis, Amérique latine et Caraïbes), qui devraient constituer plus de 90% des participants.
  • Sensibiliser les organisations de la société civile québécoise, canadienne et nord-américaine afin qu’elles dégagent les ressources ou développent des stratégies de financement afin de faciliter la venue de représentants de leurs organisations partenaires au Sud.
  • Prévoir des mesures de compensation des Gaz à Effet de Serre générés par la venue des participants internationaux (pour un événement carbo-neutre).
  • Faciliter l’organisation d’événements mobilisateurs autour du déplacement des populations limitrophes vers le lieu du FSM (marches depuis les régions, caravanes à vélos, covoiturage…).
  • Trouver des formes de financement innovantes de manière à réduire au maximum les coûts individuels d’inscription au FSM.
  • Être proactif sur la question de l’hébergement, pour mettre en place des mesures d’hébergement solidaire à grande échelle, et surtout contribuer à l’organisation d’un campement international de la jeunesse (comme cela s’est fait à chaque édition du FSM au Brésil), et ainsi réduire concrètement les coûts de participation de tous. 
  • Mobiliser les groupes et associations expertes en la matière de manière à fournir le plus possible de la nourriture gratuite (dans l’idéal) sur le site de l’événement.
  • Développer une infrastructure de communication via le web permettant de systématiser et généraliser l’expérience du Forum étendu pratiquée depuis 2009 dans les FSM. Cela permettrait de stimuler l’organisation d’événements locaux partout dans le monde, qui seraient retransmis en direct ici, de manière à favoriser les échanges entre les populations locales d’ici et d’ailleurs sans qu’elles aient pour autant à se déplacer.

 

3. La question de la concurrence entre les événements : La tenue du FSM au Québec en 2015 va-t-elle nuire aux Forum social des peuples (FSP) en préparation pour août 2014 ?

Réponse :  Plusieurs organisations de la société civile québécoise sont actuellement engagées dans une démarche de mobilisation autour de l’organisation du Forum social des peuples (Québec-Canada-Premières Nations) qui doit se tenir au mois d’août 2014 à Ottawa. Dans un tel contexte, plusieurs ont exprimé leurs craintes quant à l’organisation d’un FSM au Québec en 2015, car cela diviserait les énergies et les ressources, et ainsi nuirait au FSP de 2014.

De notre point de vue, ces événements ne s’opposent pas, au contraire ils sont complémentaires. Ces événements ont le même but : permettre aux forces progressistes de notre société de se rassembler pour construire ensemble un monde meilleur. Ils permettront, à un an d’intervalle, de mobiliser toujours plus de monde, en des lieux différents et sur des thèmes divers, pour susciter la prise de conscience et promouvoir l’engagement social. Car les Forums sociaux ne sont pas une finalité en soi, ils sont un moyen dans la lutte que nous avons à mener collectivement pour construire un monde plus juste, plus solidaire et plus durable. Au-delà de l’événement en soi, les Forums sociaux s’inscrivent dans un processus plus large de transformation sociale. Ils sont des moments de rencontre entre les forces progressistes de la société pour construire ensemble des stratégies d’action communes. Ils permettent aux mouvements sociaux plus institutionnalisés et aux organisations déjà établies de découvrir les nouvelles formes d’engagement et de militantisme portées par les groupes émergents, de faire le lien avec des individus porteurs d’initiatives fécondes de changement. Ils permettent aussi à une très grande majorité de gens, indignés par la situation actuelle mais pas encore engagés, de passer à l’action en joignant des groupes existants. Les Forums sociaux permettent donc de se rassembler, de prendre conscience que nous sommes nombreux à souhaiter le changement et ainsi d’entretenir l’espoir et de donner la force de passer à l’action. Nous croyons en la force de la solidarité et en la capacité des Forums sociaux de combattre l’apathie en donnant aux gens de bonne volonté une opportunité réelle d’engagement. Dans cette perspective, plus les Forums sociaux se multiplient, plus ils se nourrissent les uns les autres, plus grande sera la vague porteuse de changement. Il faut sortir de la logique de concurrence qu’on nous impose et qui mine la solidarité pourtant si nécessaire dans le contexte actuel où les organisations progressistes de la société civile subissent de toutes part les assauts des forces conservatrices. L’union fait la force et en multipliant les moments de rassemblement, on stimule cette nouvelle culture politique fondée sur des espaces de solidarité.

Ainsi, de notre point de vue, le FSP2014 et le FSM2015 ne diviseront pas la société civile, bien au contraire, ils la renforceront et lui permettront de prendre de plus en plus de force pour peser encore plus sur la vie politique canadienne et québécoise et provoquer le changement. En organisant un forum social pan-canadien à l’été 2014 puis, un an plus tard, un Forum social mondial, deux mois avant les élections fédérales, le momentum nous semble excellent et la séquence des événements parfaite pour permettre à la société civile canadienne et québécoise de construire un rapport de force favorable pour contrer le pouvoir conservateur. D’ailleurs, c’est aussi le pari des mouvements sociaux indiens qui viennent d’annoncer leur candidature pour eux aussi accueillir le FSM en 2015. Leur proposition est d’organiser un Forum social indien/asiatique en janvier/février 2014, et ensuite d’accueillir le FSM un an plus tard.

Dans cette perspective, il nous apparaît fondamental :

  • D’appuyer, promouvoir et participer activement au Forum social des peuples en août 2014 à Ottawa.
  • De promouvoir et participer activement et à distance à tous les autres Forums sociaux qui sont organisés à travers le monde et qui ont lancé des appels à une participation étendue via le web (nous travaillons déjà à l’organisation d’activités durant le prochain en date, qui sera le Forum social irakien à la fin du mois de septembre 2013, celui-ci étant suivi par le Forum social togolais au début de l’année 2014).
  • De soutenir la candidature du Québec pour le FSM 2015 dans une approche polycentrique, c’est-à-dire dans une démarche ouverte et de complémentarité avec d’autres candidatures éventuelles (Inde, Maghreb, etc.) et de multiples événements parallèles à travers le monde (forum étendu, mouvance occupy, etc.).

 

4. La question de la dispersion des ressources : Disposons-nous des ressources suffisantes pour organiser plusieurs événements d’envergure en 2014 et 2015 ?

Réponse : Corollaire de la question précédente, elle a pour mérite de se focaliser sur la question concrète des ressources humaines et financières nécessaires à la tenue de ces événements. Pour y répondre adéquatement cependant, il faut avoir clarifié à l’avance à la fois la structure du processus organisationnel menant à l’événement, et la forme concrète que prendra l’événement. Or, à ce jour, nous ne disposons pas vraiment de l’information pour le faire. D’une part, nous ne connaissons pas le budget prévu pour le Forum social des peuples de 2014, ni sa structure de financement. D’autre part, nous sommes aux premières étapes du processus de rédaction de la candidature du Québec pour recevoir le FSM en 2015 et le budget n’est pas encore finalisé. Cependant, nous partageons certains principes qui vont nous guider dans l’élaboration de la candidature québécoise, et qui nous conduisent à penser que cette question de la rareté des ressources n’est pas un problème en soi.

Considérant que dans le monde d’aujourd’hui, l’argent est plus un problème qu’une solution, il nous semble fondamental que celui-ci ne figure pas le cœur de la réflexion sur la pertinence de notre projet. Bien au contraire, il nous faut être cohérent avec nos principes de solidarité, notre volonté de faire les choses autrement et surtout notre choix de placer l’humain au cœur de tout projet social et politique. Pour ce faire, nous ne partons pas de rien. Nous pouvons bâtir sur des acquis et nous inspirer de la manière dont le Forum social québécois a été construit et réalisé. Rappelons-nous que le FSQ, dans sa première édition à l’été 2007, a mobilisé 5000 participants durant 4 jours autour de près de 450 activités. Sur le plan organisationnel, le FSQ a été réalisé avec un budget de 300 000$, dont la moitié était en fait des dons en nature (offre de locaux, dégagement de ressources humaines par les organisations partenaires, prise en charge par les partenaires des frais de déplacement d’invités internationaux, dons de matériel promotionnel…) qui ont été ensuite chiffré pour être intégré au bilan financier final. Durant la phase active de l’événement, le FSQ a mobilisé plus de 300 bénévoles, et au cours du processus organisationnel qui s’est concentré sur 8 mois (janvier-août 2007), une soixantaine de personnes ont participé aux différents comités de travail sur une base entièrement bénévole, et l’ensemble du processus était coordonné et facilité par un secrétariat dont seulement 4 personnes ont été rémunérés durant quelques mois (pour des contrats allant de 9 à 4 mois).  

En nous inspirant de la riche expérience du FSQ, nous souhaitons construire la planification organisationnelle du FSM 2015 au Québec autour des principes suivants :

  • Au-delà de l’événement, le processus organisationnel d’un forum social est un moment fort de création de lien social et de construction d’alternatives. Il permet de mettre en commun des habilités et des volontés dans un engagement concret source d’épanouissement personnel et de construction en commun d’un projet collectif. Ce processus doit donc être ouvert et inclusif à toutes les étapes de la réalisation du projet, et être considéré comme partie intégrante du FSM 2015.
  • Pour limiter le pouvoir de l’argent, il faut miser sur l’apport humain et la force de l’implication bénévole des gens de bonne volonté qui souhaitent agir concrètement pour la transformation sociale. Il faut donc leur proposer une structure organisationnelle où ils aient une place qui corresponde à leur talent et leur disponibilité.
  • Il faut établir des relations partenariales avec les multiples organisations de la société civile qui, plutôt que de dégager des ressources financières, pourraient mobiliser leurs innombrables moyens (communication, mobilisation, structure d’accueil, événementiel, compétences diverses…) pour permettre la réalisation du FSM 2015, sans pour autant entrer dans des rapports monétaires.
  • Établir un échéancier de réalisation du projet qui permette à chaque organisation de planifier son engagement et sa contribution au processus du FSP et du FSM 2015. Dans tous les cas, il est d’ores et déjà clair que la phase active de préparation logistique de l’événement (celle qui mobilisera le plus de ressources) n’interviendra pas avant l’automne 2014, soit après la tenu du FSP.
  • S’inspirer des expériences issues des stratégies de mobilisation du Printemps québécois, de Occupy, de Idle No More, des réseaux anarchistes et d’autres groupes activistes, qui ont prouvé qu’il est possible de mobiliser des dizaines de milliers de personnes à des frais très réduits.  

5. La question de la date : Peut-on tenir un FSM en janvier 2015 au Québec ?

Réponse : Traditionnellement, le FSM se tenait à la fin du mois de janvier, soit en même temps que le Forum économique mondial de Davos, afin de souligner symboliquement l’opposition entre deux visions de la mondialisation, l’une centrée sur l’économie et l’essor du marché, l’autre sur le social et la solidarité humaine. Mais peu à peu, le FSM a repris sa liberté par rapport au calendrier imposé par les grandes rencontres au Sommet des instances de la mondialisation néolibérale. D’ailleurs, le dernier FSM, s’est déroulé en Tunisie à la fin du mois de mars 2013.

  • Aussi, pour 2015, nous ne proposerons naturellement pas de tenir le FSM durant le rude hiver québécois. Afin de faciliter au maximum les activités extérieures (en partie dans l’espace public), mais aussi l’organisation d’un immense campement de la jeunesse, nous privilégions de tenir l’événement à la fin du mois d’août 2015.
  • Cette période pré-rentrée scolaire (CEGEP, Université), permettra une forte mobilisation des jeunes.
  • C’est un créneau très couru au Québec pour les activités militantes proches de nos préoccupations et qui sont mobilisatrices (École d’été de l’INM, Université populaire des NCS, Journées d’Alternatives…). D’ailleurs, notre expérience du FSQ de 2007 avait de ce point de vue étaient très concluante (5000 participants pour l’événement qui s’était tenu du 23 au 26 août à Montréal). On pourrait ainsi mobiliser ces organisations pour qu’elles tiennent leurs activités dans le cadre du FSM, se déchargeant ainsi de toute la portion logistique inhérente à l’organisation de leur événement.
  • C’est aussi la période des récoltes au Québec, ce qui permettra de mettre en place, avec les organismes appropriés, des systèmes d’alimentation à très faible coût pour les participants (voir gratuit), avec des produits locaux de qualité. Une nouvelle façon de promouvoir concrètement des alternatives de consommation et de vie, axées sur le développement local, la défense d’un environnement sain et la solidarité sociale.

 

6. La question du lieu (1) : Pourquoi tenir un FSM au Nord ?

Réponse : Depuis son apparition en 2001, le FSM s’est toujours tenu dans un pays du Sud (Brésil, Inde, Venezuela, Mali, Pakistan, Kenya, Sénégal, Tunisie). Là encore, la symbolique visait à opposer le Nord, où se concentre le pouvoir politique et économique mondial, au Sud, où se rassemble la majorité de la population mondiale qui vit sous le joug des puissances du Nord. Et puisque le Forum économique mondial se tient chaque année à Davos, en Suisse, symbole du paradis bancaire, alors le Forum social mondial devait se tenir au Sud, en commençant par Porto Alegre au Brésil, symbole de la démocratie participative. La participation populaire des masses du Sud contre le pouvoir de l’argent de l’élite du Nord, on ne pouvait mieux représenter la fracture du monde qui ne cesse de s’accroître depuis l’avènement de la mondialisation néolibérale.

Mais le monde a évolué depuis 2001. Certes, fondamentalement la dynamique n’a pas changé et les inégalités sociales continuent de s’accroître. Cependant, les crises qui se multiplient (économique, écologique, alimentaire, sécuritaire…) ébranle l’ordre actuel du monde. Alors que le modèle de la civilisation occidentale, industrialiste, individualiste et consumériste atteint ses limites sociales et écologiques, de nouveaux mondes émergents en Asie, en Amérique latine, avides de prendre enfin leur place. Aujourd’hui, la distinction Nord Sud ne fait plus sens. Il y a désormais du Nord au Sud et du Sud au Nord. Aujourd’hui, la ligne de fracture majeure n’opposent plus des pays de part et d’autre de la ligne de l’équateur. Elle parcourt l’ensemble des sociétés, opposant des élites qui monopolisent richesses et pouvoirs, aux masses de gens qui survivent dans un monde sur lequel ils n’ont plus vraiment de prise. La démocratie a cédé la place à une oligarchie mondiale qui impose ses règles partout. La chose est devenue évidente depuis la crise de 2008 et à provoquer une vague de mobilisations qui, depuis 2011, se répand aux quatre coins du monde : Printemps arabe, Indignés espagnols, manifestants grecs, mouvance Occupy de New York, Tel Aviv, Berlin, Montréal, Istanbul… Les peuples bougent, manifestent, s’indignent, s’insurgent, des deux côtés de l’équateur.

Il importe aujourd’hui de faire le lien entre toutes ces formes d’indignation, de faire converger l’ensemble de ces aspirations au changement. Nous pensons que le Forum social mondial, en tant qu’espace de rassemblement de toutes les forces progressistes qui souhaitent concrétiser les autres mondes possibles, peut favoriser cette convergence.

Nous pensons qu’il est désormais temps que les peuples du Nord sortent de leur apathie et rejoignent le combat des peuples du Sud pour construire un monde différent. Car tel est l’un des buts avoués du FSM : stimuler les luttes locales et renforcer la convergence des organisations de la société civile du pays hôte pour insuffler un réel processus de transformation sociale. Depuis sa création, le FSM s’est majoritairement tenu en Amérique latine, et cela a coïncidé avec la vague d’élections de gouvernements de gauche Dans cette région du monde. Il ne faut pas voir là un lien de cause à effet. Cependant, cela témoigne de la grande vitalité des mouvements sociaux et des organisations de la société civile du Sud de notre continent, et surtout de leur capacité réelle à influence le jeu politique et, finalement, les choix de société qui sont mis de l’avant. Au regard des gouvernements conservateurs qui se multiplient en Europe et en Amérique du Nord, il est clair que la dynamique sociale est totalement différente chez nous. Ce qui nous amène à penser que sur le plan du progressisme social et politique, ainsi que de la force politique des mouvements sociaux et de la vitalité de notre société civile, nous sommes, en Amérique du Nord notamment, dramatiquement sous-développés. En somme, pour changer le monde, les mouvements sociaux du Nord ont aujourd’hui besoin de la force de ceux du Sud. Un peu comme les printemps arabes ont précipités les mouvements d’indignation et d’occupation en Europe et en Amérique du Nord, il est aujourd’hui temps que le Nord reçoive le FSM pour profiter à son tour de son énergie transformatrice. À ce titre, la récente mobilisation autochtone autour du slogan Idle No More nous apparait un signe précurseur. Nous avons besoin d’un événement de grande envergure pour provoquer le changement et que le rejet de l’apathie et la volonté d’en finir avec l’oligarchie et le néoconservatisme prenne le dessus. C’est au cœur de l’empire néoconservateur qu’il faut désormais organiser un FSM et le faire dans un esprit de convergence et de complémentarité avec l’ensemble des initiatives progressistes qui émergent.

Dans cette perspective, nous proposons :

  • De tenir le prochain FSM de 2015 au Québec.
  • De promouvoir une édition polycentrique du FSM pour 2015, avec des forums aux Sud (Inde, Afrique du Nord) et au Nord (Québec), comme cela s’est fait en 2006 (Mali, Venezuela, Pakistan).
  • Nous suggérons fortement que ces différents volets géographiques du FSM polycentrique de 2015 à des moments différents durant l’année 2015 (en Inde en janvier/février, au Québec en août, par exemple) de manière à ce que les initiatives émanant d’un forum puisse être partagées au forum suivant.
  • De mettre la dimension étendue du FSM (permettre à tous les groupes à travers le monde d’organiser des activités à distance qui seraient mises en relations, via Internet, avec les participants physiquement présent au FSM) au cœur de l’organisation de l’édition 2015.
  • D’inclure ces mécanismes d’échange et de participation à distance via Internet, qui fait actuellement la force de la mouvance occupy/indignés, dans le processus organisationnel du FSM 2015, de manière à la fois à le rendre le plus transparent et ouvert possible, mais aussi pour pouvoir continuellement améliorer et développer l’interface de communication.

 7. La question du lieu (2) : Pourquoi choisir le Québec ?

Le Québec nous est apparu comme l’endroit idéal pour tenir la première édition nordiste du FSM pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il ne se présente pas beaucoup d’alternatives au Nord. en Europe, la dynamique du Forum social européen est en perte de vitesse et les mobilisations sont plutôt sur le mode de la résistance, de la confrontation et de l’occupation. Aux États-Unis, les groupes impliqués dans l’organisation du Forum social des États-Unis, qui a tenu deux éditions (2007 et 2010), est plus préoccupé de construire une convergence nationale des organisations de la société civile américaine. La dimension internationale du FSM n’est pas une priorité pour eux. Il reste, au Nord, le Québec.

Plusieurs éléments rendent la candidature du Québec très pertinente aux yeux de plusieurs. Le premier, et c’est l’argument majeur, le printemps érable de l’hiver 2012 a fait le tour du monde. Les images de notre jeunesse bravant durant des mois l’autorité d’un gouvernement totalement hermétique aux demandes sociales a donné de l’espoir à nombre d’activistes à travers la planète (et surtout dans les pays dits développés), qui se sont dit, au Nord aussi c’est possible de se mobiliser et de remporter des victoires. Non la jeunesse n’est pas apathique et peut être une véritable force de changement. Oui, il y a un avenir pour les mouvements sociaux.

L’autre élément important, c’est l’enracinement de la mouvance altermondialiste et des forums sociaux au Québec. Depuis 2001, plusieurs centaines de QuébécoisEs participent au Forum social mondial. Nous avons déjà organisé deux Forums sociaux québécois (2007 et 2009) qui ont  rassemblé plusieurs milliers de personne. Il existe aussi une dynamique régionale des forums sociaux au Québec, puisque des forums sociaux se sont tenus au Saguenay-Lac St-Jean, en Mauricie, en Outaouais, à Laval, dans Lanaudière, à Québec-Chaudière Appalaches, Montréal Nord, Anjou, au Bas-St-Laurent…

Nous disposons au Québec des connaissances, des réseaux et de l’expertise nécessaires pour organiser un Forum social mondial, aussi il nous souhaitons :

  • Rassembler l’ensemble des groupes, collectifs, organismes et individus de la société civile québécoise et canadienne ayant déjà participé ou organisé un forum social mondial, continental, national ou régional derrière la candidature du Québec pour 2015.
  • Réactiver l’ensemble de nos réseaux pour diffuser l’information au sujet du FSM 2015.
  • Inclure les régions du Québec et le reste du Canada dans le processus organisationnel par des comités locaux de promotion et de mobilisation.
  • Planifier une campagne québécoise et canadienne de mobilisation pour le FSM avec l’ensemble des partenaires potentiels.

 

8. La question politique : Quel rapport allons-nous établir avec le gouvernement fédéral ?

Réponse : Selon les dernières dispositions adoptées par le gouvernement fédéral afin d’établir des échéances électorales à date fixe, la prochaine élection à ce palier de gouvernement devrait se tenir à la mi-octobre 2015. Ainsi, à la fin du mois d’août 2015, nous serons en pleine période électorale. Nous voyons là un moment de choix pour les mouvements sociaux du Québec et du Canada de faire la démonstration de leur force de mobilisation et surtout d’influencer le débat politique en mettant de l’avant leurs préoccupations sociales, environnementales et politiques.

Certes nous ne pouvons ignorer que l’actuel gouvernement conservateur, qui entend transformer radicalement la société canadienne, a déclenché une offensive contre toutes les forces progressistes de la société civile. Tous les mouvements sont ciblés : femmes, syndicats, organismes de coopération internationale, artistes, monde communautaire, LGBT… Dans cette perspective, nous ne pouvons pas nous attendre à beaucoup de collaboration du gouvernement fédéral. Il est clair que la tenue d’une édition nord-américaine du FSM en période électorale ne sera pas à son avantage. Il est donc fort à parier qu’il sera sur un monde très offensif.

  • Dans cette perspective, le FSM nous apparaît comme une réelle opportunité pour renforcer nos actions, les rendre publiques et construire un véritable rapport de force avec le gouvernement conservateur.
  • Le FSM pourra nous aider à promouvoir au sein de la population des alternatives progressistes et ainsi démystifier l’idéologie conservatrice qui se répand dans la société canadienne par le biais des campagnes publicitaire et de communication menées par le gouvernement, conjointement avec les mesures de répression de tout ce qui diffère de sa vision du monde.

9. La question de l’originalité : Que pourrons-nous apporter de plus au mouvement altermondialiste en organisant le FSM ici ?

Réponse :

Le prochain FSM devra bâtir sur les acquis des Forums précédents : il sera à la fois un amplificateur des luttes locales, un espace de dialogue et de convergences des mouvements, et un moment de construction d’une compréhension commune des enjeux, esquissant des pistes d’action à la fois globales et locales. Mais il doit aussi aller plus loin, afin de dynamiser les luttes sociales au Nord et ailleurs, en faisant la jonction entre les larges mouvements récents d’indignation et d’occupation (Printemps arabes, Printemps québécois, Occupy, Indignés, Idle No More…) et la mouvance altermondialiste qui se rassemble au FSM. Le FSM de 2015 doit tenir compte du renouvellement des pratiques de contestation sociale qui émergent depuis 2011. Il faut que ces multiples espaces de mobilisation sociale et politique dialoguent et se renforcent les uns les autres.

L’accessibilité, l’ouverture et la transparence du Forum de 2015 seront aussi des priorités. Ainsi, s’inspirant des luttes citoyennes actuelles, le Forum encouragera l’utilisation des espaces publics comme des lieux citoyens. Une importance toute particulière devrait être accordée à l’ouverture du processus organisationnel pour favoriser la présence et l’implication de tous, et notamment des Premières Nations et des populations marginalisées.

Par ailleurs, le Forum pourra s’affirmer en tant qu’espace éclaté et international, utilisant massivement tout le potentiel d’Internet pour favoriser la tenue d’activités à distance, durant le processus d’organisation, et en simultané aux quatre coins du monde durant le FSM. Le Forum Social Mondial 2015 au Québec serait ainsi le foyer de 1000 Forums Sociaux Locaux se déroulant à distance, mais en dialogue.

Pour atteindre ces objectifs, et réaffirmer l’originalité de notre démarche :

  • Nous menons actuellement une campagne pour la mobilisation des communautés autochtones (appuyés notamment par des personnes impliquées dans Idle No More).
  • Nous croyons particulièrement fondamental l’apport des personnes vivant des situations de marginalité (comme par exemple les populations vivant l’itinérance, ou les personnes LGBT) et des groupes de base qui travaillent avec celles-ci.
  • Nous lançons d’ores et déjà l’appel dans les réseaux internationaux, afin de développer une interface de communication conviviale, collaborative, libre et progressiste – cette plateforme faisant ainsi partie intégrante du processus organisationnel du FSM et de l’événement de 2015. L’expérience développée (au Québec et ailleurs) au sein de Global Square ou InterOccupy sera d’une très grande utilité sur ce point.
  • Nous proposons dès maintenant à la communauté locale et internationale du FSM une série d’activités à distance, qui s’inscriront dans les différents Forums à venir autour du monde (comme le Forum Social Irakien, le Forum Social du Togo et le Forum Social des Peuples), dans le but de renforcer le processus FSM au-delà des événements biennaux et de réaffirmer l’importance du rapprochement local/régional/mondial.

 

10. La question à 100$ : Serons-nous vraiment capables d’organiser le FSM et de mobiliser 80 000 QuébécoisEs ?

Réponse :

Nous avons été capables de nous mobiliser par dizaines de milliers en 2001 lors du Sommet des Amériques de Québec. Nous avons été capables de sortir par centaines de milliers pour marcher contre la guerre en Irak en 2003, et durant les fameux 22 du printemps érable 2012. Il n’en tient qu’à nous de mobiliser la force de nos réseaux et de trouver les mots justes pour faire du premier FSM au Nord un succès et mettre le Québec sur la carte des peuples progressistes de ce monde, des bâtisseurs d’avenir.

L’union fait la force.

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