Éléments de réflexion

Éléments de réflexion : Vers un Forum social mondial au Québec en 2015 ?

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Lors du dernier Forum social mondial (FSM), qui s’est tenu à Tunis du 26 au 30 mars derniers, plusieurs Québécois ont eu écho de l’enthousiasme international que provoquait l’idée de  tenir le prochain Forum social mondial en 2015 au Québec.
La chose n’est pas nouvelle. C’est lors du FSM précédent, tenu à Dakar en février 2011, que l’idée de tenir le FSM dans un pays du Nord avait été pour la première fois avancée, et la candidature de Montréal sérieusement envisagée. Cependant, devant le déferlement des événements entourant le printemps arabe alors en pleine expansion, la décision avait été prise unanimement (en mai 2011) de tenir le FSM dans la région du Maghreb.
Au lendemain du FSM 2013, le débat est donc à nouveau relancé. Trois candidatures circulaient de manière informelle durant le FSM de Tunis : L’Inde, le Mexique et le Québec.
Pourquoi un Forum Social  Mondial au Nord ?
Le FSM est né en 2001 au Sud, à Porto Alegre (Brésil) et ce choix était stratégique car le FSM se voulait l’opposé du Forum économique mondial (FEM) qui se tient chaque année au Nord (à Davos en Suisse) depuis 1971. L’idée initiale était de mettre en évidence cette fracture Nord-Sud, où le pouvoir se concentre dans les pays du Nord (G8, OCDE, FMI, Banque mondiale) au détriment des pays du Sud où se trouve la majorité de la population mondiale. Nous étions, au tournant des années 2000, dans ce combat contre la pensée unique de la fin de l’Histoire qui nous faisait miroiter un monde unifié autour de la démocratie de marché. Or le monde était loin d’être unifié, les lignes de fracture en recomposition étaient bien présentes, le clivage Est-Ouest s’estompant progressivement au profit d’une nouvelle rupture Nord-Sud.
Les choses ont changé depuis la crise économique et financière de 2008. Alors que les pays émergents du Sud s’affirment de plus en plus, la crise économique et sociale s’approfondie au Nord, comme ailleurs. Alors que les inégalités tendent à se réduire entre les pays, elles s’approfondissent à l’intérieur des pays. Il y a désormais du Nord au Sud et du Sud au Nord.
Dans un tel contexte, de nombreuses voix, dont plusieurs du Sud, se font entendre sur la nécessité d’enraciner davantage le mouvement altermondialiste dans les régions du Nord qui sont au coeur du système néo-libéral mondial (Amérique du Nord notamment). Aussi, on souligne l’importance de donner un appui aux organisations sociales et environnementales qui œuvrent dans des conditions de plus en plus difficiles au Nord (pensons à la situation dans laquelle nous nous trouvons au Québec et au Canada).
Il nous semble aujourd’hui clair que le Nord a besoin d’apprendre du Sud. Notamment de l’Amérique Latine en matière de gouvernements progressistes et de dynamisme des mouvements sociaux. Notamment des pays du Maghreb en terme de renversement des pouvoirs oligarchiques et de processus révolutionnaires.
Pourquoi le Québec ?
Le Québec a une excellente réputation sur la scène internationale du militantisme. Malgré une faible densité de population, nous avons historiquement su, au Québec, largement mobiliser lors d’événements importants : La marche mondiale des femmes en 2000, le sommet des peuples à Québec en avril 2001, les mobilisations contre la guerre en 2003, les mobilisations contre le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP) à Montebello (août 2007), mais aussi contre le G20 à Toronto (juin 2010) et Occupy (2011). L’apothéose de cette décennie de mobilisations sociales fut bien évidemment notre Printemps érable qui a fait le tour du monde. La détermination et l’originalité de notre jeunesse a entrainé l’admiration de nombreux mouvements à travers le monde. En quelques mois, plus de 700 manifestations, dont les immenses marches des 22 depuis mars 2012, oscillant du carré rouge aux casseroles, ont eu raison du gouvernement libéral de Jean Charest. Le Printemps érable, nous avons eu l’occasion de le remarquer à de nombreuses reprises au FSM de Tunis, apparaît dans l’esprit de nombreux militants et activistes à travers le monde comme une réelle victoire du mouvement social et fait aujourd’hui figure d’exemple.
Finalement, l’altermondialisme et les Forums Sociaux sont très bien implantés au Québec. Depuis le début, en 2001, des organisations québécoises sont présentes dans les FSM. À chaque édition, plusieurs centaines de QuébécoisEs participent au Forum. Nous étions près de 200 lors du dernier FSM de Tunis. Nous avons déjà organisés deux Forums Sociaux Québécois (août 2007 et octobre 2009) qui ont rassemblé plusieurs milliers de participants. De plus, se sont tenus au Québec plusieurs Forums Sociaux Locaux et régionaux (Québec-Chaudière Appalaches, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Outaouais, Laval, Lanaudière, Mauricie, Montréal Nord, les Sommets citoyens de Montréal, Bas-Saint-Laurent).
À quoi servirait un Forum social mondial au Québec ?
L’un des objectifs majeurs du FSM est de dynamiser les luttes sociales locales en leur donnant une résonance internationale. Ce faisant, il permettra de construire de nouvelles solidarités, au niveau local et international. Un FSM au Québec nous aidera dans notre recherche de convergences nord-américaines et canadiennes, dans le cadre d’une lutte de plus en plus importante et nécessaire contre la radicalisation de la droite dans nos pays, et l’imposition mondiale des politiques d’austérité. Plus spécifiquement, la tenue d’un FSM au Québec pourra unir les mouvements en Amérique du Nord sur des enjeux comme : la sécurité, la conquête du Pôle Nord, les questions d’énergie, les enjeux entourant les populations autochtones, les revendications étudiantes, le renouveau syndical, l’environnement, l’agriculture, la gestion des ressources naturelles, la lutte féministe, l’éducation politique, etc.
De plus, un FSM au Québec contribuera à relancer les dynamiques panaméricaines qui, il faut le rappeler plus de 10 ans après Québec 2001, nous ont permis d’obtenir des succès politiques importants par le passé comme la victoire contre la Zone de libre-échange des Amériques. Il permettra aussi d’enraciner la mouvance altermondialiste en Amérique du Nord et de mieux contrer cette menace de plus en plus importante de la montée du néoconservatisme. Car cette menace aux peuples de l’Amérique du Nord est aussi une menace à tous les peuples du monde et il importe aux participants du FSM, bien sûr de proposer des alternatives. Mais aussi, il est fondamental de contester cette tendance politique qui n’hésite pas à adopter des lois qui sont en contradiction avec des droits humains reconnus internationalement.
Nous avons à apprendre de la façon dont luttent les organisations dans le Sud et c’est ce que les organisations du Sud sont disposées à faire lorsqu’elles soutiennent la tenue du FSM au Nord. Frappées de plein fouet par le colonialisme puis le néolibéralisme, les populations des pays d’Amérique latine revendiquent et se mobilisent pour la nationalisation des ressources, la souveraineté alimentaire, la justice climatique, la protection des écosystèmes, la justice sociale et plusieurs autres causes qui sont aussi les nôtres. Et ces populations portent de plus en plus au pouvoir des partis qui défendent ces idées. Voilà une dynamique de laquelle nous pouvons apprendre au Québec, au Canada et partout en Amérique du Nord.
Enfin, mentionnons que le FSM attire toujours plusieurs dizaines de milliers de personnes provenant de la région où il se déroule. Cela représente donc pour la population en général une opportunité sans pareil d’éducation populaire et de mobilisation sur les enjeux que nous défendons quotidiennement. Difficile d’imaginer meilleur véhicule que l’action collective pour construire des convergences. En ce sens, le FSM se présente aussi à nous comme une opportunité pour renforcer nos actions et notre rapport de force.
Le pari et les acquis du FSM 2013
Tenir le FSM 2013 en Tunisie, un pays en plein processus révolutionnaire, constituait un défi de taille pour la mouvance altermondialiste. Il confrontait le Forum directement à son utilité politique. Nous sommes encore à l’heure des bilans, mais la plupart des analyses sont unanimes pour souligner la réussite de ce Forum et son importance pour la projection de la mouvance altermondialiste dans l’avenir. De notre point de vue, le FSM 2013 fut politiquement une réussite sous trois aspects.
Tout d’abord, il a redonné à la révolution tunisienne une dimension internationale, grâce aux échanges entre militants tunisiens et des activistes et des médias alternatifs du monde entier qui se sont déplacés au FSM afin d’apprendre des mouvements locaux et échanger sur leurs pratiques.
Ensuite, le FSM a offert aux groupes et organisations de la société civile tunisienne un espace inédit de dialogue, d’échanges, et de construction de convergences. Dans le climat actuel, très tendu et polarisé par les divisions politiques, c’est une opportunité majeure d’échanger sur d’autres bases, au-delà des clivages sociopolitiques et identitaires traditionnels. Il a aussi permis de remettre les revendications sociales au cœur du débat national.
Finalement, le FSM a fourni aux groupes progressistes du monde entier une formidable occasion d’éducation populaire, en leur permettant de mieux comprendre les défis sociaux actuels et en les restituant dans une perspective plus large. Il a permis de faire des liens. Si la lutte du peuple tunisien pour son émancipation et contre l’oligarchie a inspiré des mobilisations sociales à travers le monde, c’est que plusieurs pouvaient y voir des similitudes dans les formes d’oppression. La révolution tunisienne est encore en cours au pays du jasmin, mais aussi, plus largement, c’est un chapitre de la révolution mondiale des peuples contre les oligarchies qui se joue ici. C’est pour cette raison que le FSM de Tunis a été d’une importance majeure pour la suite de la mouvance altermondialiste, mais aussi pour les mobilisations sociales locales. La réflexion sur les enjeux soulevés par le FSM 2013 sera une grande inspiration pour l’organisation du Forum Social Mondial de 2015. En somme, le printemps arabe peut encore féconder notre printemps érable.
L’originalité et les innovations du FSM 2015
Le prochain FSM devra ainsi bâtir sur les acquis des Forums précédents, notamment celui de Tunis : il sera à la fois un amplificateur des luttes locales, un espace de dialogue et de convergences des mouvements, et un moment de construction d’une compréhension commune des enjeux, esquissant des pistes d’action à la fois globale et locale. Mais il doit aussi aller plus loin, afin de dynamiser les luttes sociales au Nord et ailleurs, en faisant la jonction entre les larges mouvements spontanés d’indignation et d’occupation (Occupy, Indignés, printemps arabes…) et la mouvance altermondialiste qui se rassemble au FSM. Le FSM de 2015 doit tenir compte du renouvellement des pratiques de contestation sociale qui émergent depuis 2011, notamment grâce aux mobilisations étudiantes et autochtones. Il faut que ces multiples espaces de mobilisation sociale et politique dialoguent et se renforcent les uns les autres.
L’accessibilité du Forum de 2015 devra être une priorité. Ainsi, s’inspirant des luttes citoyennes actuelles, le Forum encouragerait l’utilisation des espaces publics comme des lieux citoyens. Une importance toute particulière devrait être accordée à l’ouverture du processus organisationnel pour favoriser la présence et l’implication des Premières Nations et de populations marginalisées.
Par ailleurs, le Forum pourra s’affirmer en tant qu’espace éclaté et international, utilisant massivement tout le potentiel d’Internet pour favoriser la tenue d’activités à distance, en simultané aux quatre coins du monde. Le FSM 2015 au Québec serait ainsi le foyer de 1000 Forums Sociaux Locaux se déroulant à distance, mais en dialogue. Il nous faut lancer d’ores et déjà l’appel dans les réseaux internationaux, afin de développer une interface de communication conviviale, collaborative, libre et progressiste – cette plateforme faisant ainsi partie intégrante du processus organisationnel du FSM et de l’événement de 2015. L’experience développée (au Québec et ailleurs) au sein de Global Square ou Inter-occupy sera d’une très grande utilité sur ce point.
Les défis que nous devons relever collectivement
Il est évident que la possibilité d’accueillir la prochaine édition du FSM, constitue pour nous une expérience nouvelle. Les défis seront au rendez-vous : il faudra réunir le budget nécessaire, qui sera élevé, il y aura des cibles importantes et incontournables de mobilisation au Québec, au Canada et aux États-Unis et ce, pour un événement d’une semaine. Il faudra une organisation logistique capable de réunir, nourrir, loger et transporter 100 000 personnes, de la façon la plus cohérente possible avec les valeurs du Forum.
La question de l’accessibilité au pays (visas) se posera pour de nombreux activistes étrangers. Il importe de déployer des stratégies efficaces afin de contourner cette difficulté. Nous avons collectivement beaucoup d’expérience dans l’organisation d’activités de dimension internationale. Il convient aujourd’hui de mutualiser nos efforts sur ce point.
La question des ressources est aussi à considérer. Il serait intéressant d’innover sur ce point en favorisant les contributions solidaires et les échanges de service. L’argent est aussi une des causes du déséquilibre mondial que nous dénonçons. Il serait très intéressant de bâtir un FSM émancipé au maximum de cette contrainte financière.
L’organisation d’un Forum Social pose toujours le défi de la cohérence entre les principes et valeurs que nous revendiquons, et les gestes que nous posons. Ainsi, il convient d’ailleurs de rappeler certains grands principes qui animent le Forum Social Mondial. D’abord, il s’agit d’un espace participatif, inclusif et horizontal de débats, de partage d’expériences, de propositions d’alternatives au néolibéralisme, de construction de réseaux et d’alliances. Le FSM s’oppose au processus de mondialisation néolibérale et impérialiste et son objectif est de faire advenir une autre forme de mondialisation, plus justes, solidaires, respectueuses de l’hétérogénité des humains et des écosystèmes. Le FSM ne fait pas la promotion d’un discours unique et n’exige pas de prise de positions de la part de ses participantEs, comme l’explique la charte des principes du FSM adoptée à Porto Alegre en 2001]. La nature particulière de l’événement et les principes mis de l’avant font en sorte que sa planification se démarque de l’organisation d’événements traditionnels. Ainsi, l’organisation d’un Forum Social doit se faire en cohérence avec les principes de transparence, d’éthique, d’inclusion, de participation, d’innovation et d’horizontalité.
Les prochaines étapes
Si nous désirons recevoir le prochain FSM, il faudra procéder rapidement et fonder une structure organisationnelle. La première étape d’un tel processus est de connaître la volonté de participation au sein de la société civile québécoise. Il nous apparaît donc opportun de convoquer dès maintenant une première rencontre le dimanche 5 mai à 13h à la Place Émilie-Gamelin (métro Berri-UQAM).
Il nous faut travailler à construire la convergence autour du projet et concrètement rédiger un dossier de candidature solide afin de poser concrètement la candidature du Québec lors de la prochaine rencontre du CI du FSM, qui devrait se tenir au mois d’octobre prochain dans la région du Maghreb/Machrek. Nous avons donc les 6 prochains mois pour travailler là-dessus.
Cette invitation se veut large et inclusive. Nous vous encourageons à en discuter autour de vous et à transmettre l’invitation à d’autres organisations ou personnes qui pourraient être intéressées à s’impliquer.
Initiative vers un Forum Social Mondial 2015 au Québec
Collectif ouvert
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